Etes-vous certains d’avoir compris le sens des fêtes juives ?

Une dizaine de jours avant Pessah, je m’interroge comme chaque année. Et au fil des ans je réalise que, à vouloir être trop analytique, talmudique, on passe à côté de l’essentiel. J’ai envie de dire à mes frères de combat, de pogroms, de synagogue, que Dieu n’a pas pu créer le monde juste pour allumer des bougies, manger des matsoths, ou construire des cabanes.

Les fêtes juives ? Non mais franchement, vous croyez que le but du monde c’est de bouger des feuilles ensemble? C’est puéril, non? Ou que nous mangions 30 grammes de Pain azyme. Et si nous nous arrêtons à 28 grammes, on a commis un acte terrible?

Je n’arrive plus à me concentrer sur les apparences de nos fêtes, car il est tellement évident qu’HBH attend de nous autre chose que d’écouter le Choffar , jeûner 25 heures, manger sous la Soucah,  manger de la Matsah ou des herbes amères, écouter les dix commandements (aucune obligation formelle d’ailleurs à Chavouoth), allumer 8 bougies, ou encore écouter l’histoire d’Esther et de Mordekhai.

Il est tout aussi clair que ces recommandations existent, et représentent le socle visible. Mais avec un cerveau aussi complexe, les juifs doivent-ils accepter que la Loi c’est ça et rien d’autre?

Suis-je en train de délirer, à votre avis? Est-ce que je « m’amuserais » à discuter une seule seconde la beauté et la force de nos traditions? Evidemment que non.

Mais il serait temps de sortir de notre conformisme et d’essayer de regarder, à travers nos gestes et nos textes ce qui est sans doute l’essentiel et qui ne s’inscrit qu’en filigrane.

Fin du suspense…

Je ne vais pas prolonger le suspense. Il est clair, imparable, que nous sommes juifs pour et par deux choses: l’éducation et le don aux nécessiteux. Mieux: éduquer les nôtres A DONNER . Tout tourne autour de la transmission, car nous sommes juifs avant tout le reste, et à savoir que nous ne sommes rien sans se tourner vers ceux qui souffrent.

Voyons nos fêtes:

-Rosh Hachana et son Choffar

Ce son qui doit nous faire sursauter, prendre conscience. Pensez-vous qu’Hachem nous propose ce remède moral pour ne pas oublier de manger casher? Ou de respecter Chabbat à l’avenir? Le souvenir de la création de l’homme c’est peut-être plus pour se souvenir que l’homme n’a de sens que pour être le frère d’un autre.

-Un peu plus tard arrive Yom Kippour

Je ne mange pas. Je m’habille simplement, sans cuir à mes chaussures. Pourtant, tout cela ne sert strictement à rien si je ne me suis pas réconcilié avec mon frère. Priorité sur Dieu lui-même.

Et pendant cette période est-ce jeûner l’essentiel? Je n’oserai pas donner mon « opinion », mais donner des paniers de nourriture aux pauvres; faire tourner des poulets sur nos têtes pour donner les poulets aux nécessiteux; et si vous évitez ces kapparoths vous donnez de la tsedakah. Ca me parle sacrément….Oui, sacré-ment…

-Souccouth

C’est simplement manger et dormir dans une cabane et comprendre la précarité, donc être  à même de protéger nos frères de cette situation intenable. Alors, une fois de plus, pas question d’oublier que c’est en souvenir des tentes dans le désert que nous marquons l’événement ainsi. Mais le pauvre vient me rappeler que lui, il vit toute l’année dans cette cabane aux quatre vents.

-Hanoucah

L’enjeu de l’âme juive, prend sa racine dans le mot hinoukh, « éducation ». Tout est éducatif dans ces lumières qui progressent tous les jours. Dans l’enseignement aux enfants d’une victoire du petit nombre face à une masse d’ennemis. Enseignement de l’exigence de qualité, de courage, de dépassement de soi, mais aussi d’un peuple guerrier uni.

Israël depuis 1948 l’a redémontré. L’éducation nous mène à la victoire.

-Pourim

Et à nouveau l’évidence. Pourim qui comprend 4 mitsvoths. Mais la première à réaliser, de préférence, c’est le don aux pauvres, matanot laevyonim.  Vous croyez que c’est un hasard? Que nos maitres ont tiré au sort à l’époque pour connaitre l’ordre de préférence? Certainement pas.

Ils ont dit que les pauvres n’attendraient pas. On ne va pas se déguiser, écouter une si longue lecture de Méguila, avant que des êtres morts de faim n’aient enfin leur morceau de pain, de viande ou un peu de vin.

Et c’est pour ce bon sens génial, et pour cet amour du prochain, qu’ils sont nos maîtres.

-Pessah

Nous voilà sur le plus gros chantier. Pessah. « Pain de misère », « esclaves », « vie amère ». Quoi de plus dur que cette vie-là. Et, pour nous en souvenir et transmettre à nos enfants -avec toute cette cérémonie théâtrale – nous commençons avant Pessah.

Nous devons penser à ceux qui, en cette fête si sacrée, si riche de sens, doivent être, eux-aussi, allongés comme des hommes libres. Peut-on commencer un tel Seder sans avoir apporté de l’aide à nos frères? Quel sens aurait cette histoire, cette hypocrisie face à nos propres enfants. Pour aller d’ailleurs bien plus loin, lorsque la Guemara parle du Loulav volé (loulav hagazoul) , qui ne peut pas faire l’objet de la Mitsva,

Comment même certains pensent qu’ils sont quittes de leur soutien aux pauvres après avoir volé des dizaines de milliers de gens dans l’année?

Comment des rabbins, dont je connais trois exemplaires de malhonnêteté du Pavillon de Breteuil, peuvent-ils raconter cette histoire si glorieuse en pensant sérieusement qu’ils en font partie? Et même que ceux qui ne sont pas assez strict sur la cashroute sont à leurs yeux invalidés; un peu comme si Amalek donnait des conseils de Thora.

L’enjeu du don aux nécessiteux est considérable, et elle ouvre la voie à un Seder où la transmission est magnifique.

-Chavouoth

Pour clôturer la série, parlons de cette fête qui ne comporte aucune obligation spécifique, Chavouoth: Écouter les dix commandements, manger lacté, veiller toute la nuit, sont des usages, pas plus. Pourtant cette petite journée est ni  plus ni moins que le point d’orgue de toute notre année de fêtes.

Une fois de plus nos sages expliquent : quoi de plus élevé que la Thora elle-même. Nous n’avons besoin de rien d’autre. Elle se suffit, elle nous suffit.

Et que dit la première ligne de nos dix commandements : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. »

Ainsi, le premier commandement de cette liste mêle le Dieu unique avec la sortie d’Egypte, pays de servitude….Donc de grande misère…Nous finissons par réparer cette catastrophe humanitaire qui est la misère.

Et Israël…

Je ne peux terminer ce petit exposé de funambule sans dire une chose sur Israël d’aujourd’hui. Il y a dans notre pays des choses magnifiques, d’autres moins. Ce que je voudrais apporter comme témoignage réel, c’est que le Hessed que j’ai pu voir -discret, à l’abri des regards- ne peut pas exister ailleurs.

Au-delà des clivages politiques, sociaux, de couleurs, d’origines, des gestes que dans aucun pays du monde on peut imaginer. Comme un nécessiteux qui donne à un autre nécessiteux, et pas une simple pièce de 5 shekels. Comme des élans d’amour qui retournent le monde et devant lesquels je peux rêver de voir Dieu sourire.

José Boublil

José Boublil

Chef d’entreprise dans les nouvelles technologies, ancien associé du cabinet Deloitte, sioniste convaincu.

3 pensées sur “Etes-vous certains d’avoir compris le sens des fêtes juives ?

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    25 mars 2018 à 13 h 28 min
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    Nous ne sommes pas un peuple guerrier ! Nous faisons la guerre lorsque cela est inévitable mais nous n’aimons pas la faire. Nous n’avons pas la guerre dans le sang, nous n’aimons pas tuer, détruire, conquérir, nous voulons vivre libres et en paix. Le nom de notre Dieu, c’est (entre autres noms) « Shalom », pas « Mil’hama » ! Nous prions pour la paix, nous oeuvrons pour elle et même l’ensemble de cet article nous parle de paix, sauf quand il prend à l’auteur de nous imaginer en peuple guerrier !

    Nous ne sommes pas des Vikings, nous ne sommes pas des Huns, des Romains, des Arabes, des Européens, nous sommes des Juifs. Nous ne sommes pas guerriers. Mais nous ne nous laisserons pas tuer. Le fait d’être pacifistes n’implique pas, chez nous, l’idée d’être suicidaires. Nous nous battons pour notre survie et notre liberté. Nous l’avons fait à Massada, nous l’avons fait en repoussant nos agresseurs en 1948, en 1967, et 1972, … mais nous n’aimons pas ces situations dans lesquelles nos ennemis nous contraignent de nous trouver !

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      26 mars 2018 à 9 h 32 min
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      Le « Shalom » d’Israël n’est pas exactement le type de paix que vous décrivez. Le roi Shlomo faisait régner une grande paix dans son royaume en raison de la crainte qu’il inspirait à ses ennemis et non pas en se tenant loin de la guerre.

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    26 mars 2018 à 2 h 24 min
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    je vous remercie de votre commentaire pertinent. A propos de peuple guerrier, je n’ai rien « imaginé ». C’est malheureusement une réalité ; et nous n’avons pas de choix . Parfois, il est important de ne pas lire ce qu’on a envie de lire, et de faire sa sauce avec , mais ce qui est écrit. Ce n’est pas très grave, à part que je ne connais pas votre situation, mais la mienne est simple: je vis en Israel , etmes enfants ont fait l’armée (pas dans les bureaux). Donc je connais notre merveilleuse tradition qui est contre la guerre, sauf quand il faut la faire…Si vous pensiez que j’affichais une opinion contraire à la Thora, il me fallait rectifier. Bonne fête de Pessah
    ….

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