Émeutes anti-juives et conversion forcée en 1391 en Espagne

A la fin du moyen-âge, dans un contexte de crises économiques et sociales, de l’épidémie de la grande peste, de la guerre de cent ans et du grand shiisme de l’église catholique, les esprits sont troublés dans toute l’Europe occidentale. Des poussées de haine qui provoquèrent aussi à l’expulsion des communautés Juives d’Angleterre et de France. Par Pierre Mamou.

Conversion forcée et persécutions. En Espagne en 1391 suite aux prédications anti-juives de fanatiques Chrétiens dont Ferran Martinez, des massacres de Juifs survinrent à Séville, dans une partie de la Castille et dans les Iles Baléares.

Le 6 Juin 1391, la haine anti juive se déchaine à Séville. On assiste au massacre de 5000 Juifs et à la conversion de deux synagogues en églises. Puis, deux mois plus tard le 5 aout, les émeutes s’étendent à Barcelone où le quartier Juif est incendié. Une centaine de personnes sont tuées. Quant aux survivants Juifs, ils sont contraints d’accepter le baptême. Les  mêmes événements se propagent à plusieurs autres villes d’Espagne contraignant des dizaines de milliers de Juifs à se convertir pour avoir la vie sauve.

Les conversos Juifs sont surnommés de façon méprisante « Marranes » du mot arabe mouharramah. Il signifie impur et désigne les porcs. L’Espagne catholique, ayant gagnée par la reconquista sur les Musulmans la quasi-totalité du pouvoir en Espagne, devient intolérante mettant fin à 700 ans d’occupation.

L’occupation Musulmane du 10ème au 12ème siècle fut l’âge d’or d’El Andalus. Aussi, les Juifs purent vivre relativement bien dans l’Espagne des trois religions. Malgré leur statut d’infériorité de dhimmi, les Juifs pouvaient exercer librement leur religion. Ils participaient à la vie économique et nombreux étaient les hommes de sciences, de culture et de foi, occupant même des fonctions en vue. Mais cette belle harmonie se brisa avec l’arrivée des Almohades. Ces fanatiques islamistes imposèrent dans une partie de l’Espagne et dans toute l’Afrique du nord la conversion forcée à tous les non-musulmans.

L’Afrique du nord accueille les réfugiés juifs

Après la fin de l’épisode Almohade, les communautés revinrent progressivement au judaïsme. Elles sortirent meurtries de leur conversion forcée à l’Islam. L’Afrique du nord accueillit avec bienveillance les dizaines de milliers de Juifs qui fuyaient l’Espagne en 1391.

Alger vit notamment l’arrivée de grands érudits comme le Rav Shimon Ben Tsemah Duran  dit LE RACHBATS. Il pratiquait la médecine apprise en Espagne avant son exil. Avec Rav Isaac Ben Chechet dit LE RIBACH, également rescapé des persécutions en Espagne, il ébaucha plusieurs statuts et de nombreux traités couvrant l’ensemble des domaines de savoir de Thora et de judaïsme, ainsi que des responsas reconnues au-delà des frontières de l’Algérie.

A la mort du Rachbats, le Ribach fut élu grand rabbin d’Alger. C’est grâce à ces saints hommes et à l’arrivée des réfugiés Juifs Espagnols en Afrique du nord que le judaïsme nord-africain put renaitre et s’épanouir. Les Séfarades d’Espagne devinrent progressivement les héritiers du judaïsme Espagnol en Afrique du nord.

Vers l’expulsion des Juifs

Le mouvement de conversion et de persécution se poursuivit en Espagne après 1391. Les prédictions du fanatique Vincent Ferrier électrisait les rapports entre les chrétiens et les Juifs restés fidèles à leur foi. En 1410 puis avec la dispute de la Tortosa en 1414 qui mit en échec la foi Juive défendu par des rabbins, on assiste à de nouvelles conversions au catholicisme. Suivront en 1449 la formulation de « limpieza de sangue » pureté du sang chrétien. Elle écartait les nouveaux chrétiens de plusieurs professions. Puis en 1478 s’installa le tribunal de l’inquisition qui devait s’assurer de la sincérité des Marranes fraichement convertis. Ainsi, ceux soupçonnés, souvent sans preuve, de continuer à judaïser étaient brulés vifs sur des buchers en place publique.

C’est le 31 Mars 1492 que la reine Isabelle la Catholique promulgue le décret de l’Alhambra qui laissait 4 mois aux derniers Juifs pour quitter l’Espagne. Ils avaient le choix de se convertir ou de quitter le pays. Officiellement pour que leur proximité avec les Juifs convertis n’incitent pas ces derniers à revenir au judaïsme. En réalité, il s’agissait surtout de confisquer leurs biens après leur départ.

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

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