Dix mois de campagne électorale en Israël et zéro débat

La situation politique évolue, inexorablement et malheureusement pour nous tous, ni vers le mieux ni vers le meilleur.

Depuis 10 mois maintenant, après deux campagnes électorales aussi caduques l’une que l’autre quant aux objectifs essentiels pour le peuple citoyen de Sion, nous voici donc revenus à la case départ, très probablement vers un troisième tour de manège au creuset du cirque israélien. Aucun débat foncier, ou plutôt zéro débat, jamais de face à face sur les réels problèmes avec lesquels la population israélienne doit se mesurer.

La crise du logement pour notre jeunesse, la situation catastrophique des hôpitaux, une santé publique mal en point, les retraites, les couches sociales défavorisées, le pouvoir d’achat, les taxations innommables, les prix débordants, la violence, le banditisme, la quantité de morts et de blessés sur les routes, la pollution et, bien sûr, la poudre de perlimpinpin, entendez: nous sommes les plus forts, les plus riches, les plus grands, jetée aux yeux des masses laborieuses et sacrifiées.

Chaque parti travaille ardemment, et sans relâche, afin de surpasser son adversaire et d’en dire le moins possible. Depuis 10 mois, l’ensemble des personnages politiques, acteurs du théâtre des marionnettes, ne s’est jamais exprimé à propos du «quoi» mais seulement du «qui».

C’est précisément pour cette raison que le processus démocratique existe, pour défier la démocratie israélienne et les institutions gouvernantes elles-mêmes. Étonnamment ce peuple, qui est le mien, a, depuis belle lurette, été anesthésié, annihilé, atrophié, par la vindicte des pouvoirs se jouant de lui par un semblant de démocratie. L’impasse politique se poursuit, la question du «qui» gouvernera le pays est elle-même devenue une question existentielle, seul «je», enfin « lui » seul pourra emmener se promener le pays.

Au service du « moi »

En clair, ils nous autorisent à entendre cela, ce que le pays peut faire pour «moi» est synonyme ou, si vous préférez, signe obvie de ce qui est bon pour le pays. Au sein de cette vision déformée de notre société, le « bien-avoir » et les institutions qui servent notre pays sont subordonnés au service du «moi».  En particulier, tout ce qui ébranle le «je – moi» sera délégitimé et défié.
Les médias n’ont jamais eu bonne presse, l’ensemble du système judiciaire, la police, le procureur général et toutes les personnalités de son bureau seraient tous compromis dans un complot, non pas contre le «moi» seul, mais contre le pays lui-même.

Certains trouveront peut-être un réconfort dans la ressemblance entre Israël et d’autres pays au gout fruité, mais pas moi, j’ai trop de peine. La leçon de l’Histoire Hébraïque est qu’il est très risqué de s’auto satisfaire les uns, les autres, oublier son destin d’antan et ne point conduire le peuple vers ses réponses essentielles, celles d’une existence à même de pouvoir réaliser sa vocation.

Nul n’est ici l’idiot du village, nous avons tous conscience de nos divergences dans nos croyances, dans nos rêves de société, de nos différents doctrinaux. Le Robinson Crusoé juif, seul sur son ile déserte, se construira deux synagogues, celle où il ira et celle où jamais plus il ne mettra les pieds. Nous sommes, le plus souvent, davantage déterminés par nos désaccords que par nos moments consensuels. C’est, vraisemblablement, pour cette raison que la loi rabbinique a étendu les principes de l’interdit biblique visant à ne pas marquer le corps individuel, et y inclure l’interdiction de marquer le corps du peuple d’Israël par le biais de querelles sectaires.

L’union ?

Les débats houleux et réfléchis sont dans la Loi Hébraïque, non seulement autorisés, mais estimés être des éléments essentiels de la Vérité divine aux multiples facettes. Ils sont, et demeurent fonciers, ils ne doivent jamais nuire à notre propension au devenir d’un collectif cohérent.

En conséquence, on s’attend parfois à ce que les individus renoncent au seul, et unique, entendement de leurs positions pour mieux rejoindre la majorité votante. Si l’on peut néanmoins suivre son propre chemin, c’est à la condition de quêter l’école de pensée contradictoire et s’entendre sur les règles jugées défendables ou non. Si par ailleurs, tous sont autorisés à suivre des voies divergentes, il ne faut, d’autre part, jamais vouloir se soustraire à la vérité et à la paix, ces dernières prenant le pas sur les premières. Elles sont ainsi favorables à fortiori au changement de cap, par-delà leurs propres principes, lorsqu’elles sont suivies d’un programme socialement responsable et d’une possible alliance.

Pour paraphraser la fin du livre des Juges au chapitre 21, 25: «En ce temps-là il n’y avait point de roi en Israël, et chacun faisait ce que bon lui semblait ».

Notre avenir

Des mois s’écouleront avant que nous n’ayons un gouvernement en Israël. Corps officiellement responsable du « bien-être » général du pays et de tous ses citoyens. Dans la constellation actuelle de la société israélienne, ce gouvernement sera, nécessairement, un gouvernement d’union nationale. Le défi auquel nous sommes confrontés n’est pas, comme beaucoup le pense, le défi sécuritaire, l’unique gageure d’Israël est et demeure l’identité morale et sociale de l’état Hébreu.

Dans l’environnement toxique d’aujourd’hui, l’utilisation politique de tous nos ennemis et de leur dangerosité imminente sont interprétées comme une ressource intarissable pour l’unité nationale. Communauté de « destin » mise en œuvre par réflexe de peur et de devoir. La toile d’araignée tissée par le système politique, et ses acteurs-victimes contrarient, pour le moment, tout programme collectif visant une communauté nationale existante par « vocation ». C’est de notre « devenir » dont il est question et, non point, seulement de cet « avenir » quelconque et usité.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

Une pensée sur “Dix mois de campagne électorale en Israël et zéro débat

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    24 novembre 2019 à 10 h 25 min
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    C’est un jour très triste pour la démocratie israélienne. J’espère que Lieberman va se ressaisir , que les partis religieux accepteront des compromis pour le service militaire, les transports durant le Shabat,…et que Netanyahu pourra dans les 3 semaines former un nouveau gouvernement dont la première tâche doit être la création d’une Commission d’enquête indépendante chargée de vérifier la manière dont l’enquête et le dossier Netanyahu ont été menés et sans doute d’ emprisonner tous les mafieux liés à cette tentative de coup d’Etat.

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