Le dernier gendarme français a avoir sauvé des Juifs s’en est allé

Décès du dernier gendarme « Juste parmi les Nations » pour avoir sauvé des juifs pendant l’Occupation

L’ancien gendarme mobile Camille Mathieu, reconnu « Juste parmi les Nations » pour avoir sauvé huit juifs avec l’aide de sa famille pendant l’Occupation, est décédé cet été à l’âge de 102 ans, selon le site du Comité français Yad Vashem qui lui avait décerné cette distinction en 1976.

Ce  gendarme, décédé en région parisienne où il résidait, était le dernier des dix-huit gendarmes reconnus « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé ou aidé des juifs à échapper aux rafles antisémites pendant la Seconde Guerre mondiale en France.

Il reste moins d’une centaine de Français « Justes parmi les Nations » encore en vie. Au total, quelque 23.000 hommes et femmes ont été honorés par ce titre, dont 3.760 en France.

Un allié dévoué à Drancy

 

Camille Mathieu, alors affecté à la garde du camp de Drancy, principal lieu d’internement de juifs en zone occupée avant leur déportation vers les camps d’extermination, avait dans un premier temps permis la libération de trois juifs.

Camille Mathieu est affecté à la garde extérieure du camp.

Le 20 août, des milliers d’hommes juifs sont arrêtés dans le 11e arrondissement de la capitale et conduits à Drancy, en application des lois sur le statut des Juifs d’octobre 1940. Inquiètes, leurs femmes assiègent le camp mais sont violemment repoussées par les gendarmes.

Deux d’entre elles, Yunka Fuchs et Adèle Herzberg, décident de passer la nuit dans un hôtel à Drancy pour tenter leur chance au petit matin.

– « Ils étaient pour nous l’Espoir » –

Juché sur un mirador, Camille Mathieu les aperçoit rôdant autour du camp et leur intime l’ordre de s’éloigner. Puis, cédant à leurs supplications, leur souffle de laisser un papier avec leur adresse au pied du mirador.

Sa femme se joint à lui

Dix jours plus tard, Mme Fuchs a la surprise de recevoir la visite de Camille et de sa femme Denise, qui offrent de les aider.

« A partir de ce moment, tantôt lui, tantôt son épouse, nous ont aidés avec le plus grand dévouement, se chargeant de notre courrier et aussi de quelque subsistance, petits colis pas trop voyants pour ne pas être pris (…), ils étaient pour nous ce que les mots ne peuvent exprimer dans un pareil moment: l’Espoir« , a écrit Simon Fuchs dans son témoignage au département des Justes de Yad Vashem en février 1975.

Dans le camp, les conditions de vie sont terribles: on meurt de faim et les gendarmes font preuve d’une brutalité inouïe à l’égard des internés parmi lesquels figurent pourtant de hauts gradés médaillés de la Première guerre.

En novembre 1941, une occasion unique se présente. Le chef de la section IV-J de la Gestapo, Theo Dannecker, un antisémite fanatique, part se marier en Allemagne et le médecin de la préfecture de police de Paris satisfait une demande de la Croix-Rouge en autorisant la libération des détenus malades.

Révoqué en 1943 puis résistant

Camille Mathieu fait parvenir à ses protégés des médicaments destinés à les rendre malades. Le stratagème fonctionne: Simon Fuchs, Simon Herzberg et Albert Adjenbaum sont libérés.

A leur sortie, Camille aide ces deux derniers à franchir la ligne de démarcation. Quant aux époux Fuchs, le gendarme les héberge chez sa mère, à Lignières, où ils resteront jusqu’à la fin de la guerre.

– Des arbres à Yad Vashem –

De retour à Drancy, il continue à jouer les facteurs jusqu’à ce qu’il soit pris la main dans le sac et radié de la gendarmerie en mars 1943. Il regagne alors son Aube natale et s’engage dans la Résistance.

Il avait été promu officier de la Légion d’honneur en 2010.

SOURCES:  L’EXPRESS

                    L’ESSOR de la gendarmerie nationale

 

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