Couple mixte: « Je croyais que mon fils se sentirait juif…Et bien non »

Et un jour les enfants grandissent. Si vous avez un garçon…vous découvrirez que lorsque vous lui parlez de son identité juive, il ne se sent pas concerné…moi je suis breton. Pas juif. Par Emmanuelle Halioua (voir la présentation de l’auteure au bas de l’article)

Couple mixte. Si tu es breton mon fils et uniquement breton mon fils, c’est que j’ai loupé la transmission de quelque chose auquel je suis attachée. C’est que je croyais naïvement que toi aussi tu allais te sentir juif par le simple fait que je te déclarais que tu es juif par ta mère.

Et bien non. Ô combien non. Ca ne fonctionne pas ainsi. Sans sionisme, sans un minimum de tradition, sans exemple, mon fils de 10 ans, le vôtre, finira vite par être ‘assimilé’ comme ils disent.

Alors vous comprenez ce que c’est, ce que nous appelons nous les psy un peu fous, une expérience émotionnelle correctrice ? Vous comprenez avec les tripes qu’être juif doit se pratiquer ou être appelé à mourir.

On peut ne pas être religieux… On peut même ne pas croire en D-ieu. Mais on ne peut faire l’impasse sur notre histoire, sur le maillon que nous sommes d’une grande chaîne qui traverse les siècles, une chaîne martelée encore et encore par les haches et les assauts criminels…

Une chaîne piétinée mais vivante, survivante ! Je crois que nous Juifs, nous sommes tous des survivants, même les séfarades que l’on imagine parfois avoir été ã l’abri dans les pays du Magreb.

Si être Dhimmi, crachés dessus…insultés ou assassines c’est être à l’abri. Certains nous voient comme ces mauvaises herbes qui repoussent envers et contre tout…certains escomptent que nous disparaîtrons à force d’unions dites ‘mixtes.’

J’ai la croyance que même dans la mixité on peut sauvegarder ET transmettre son judaïsme, son sionisme. Mais je dois dire que c’est dur, sacrément dur. Parce que soit la famille navigue sur un fleuve dans la même direction, soit vous êtes à contre-courant d’une partie des vôtres et là, vous ramez doublement.

Vous ramez avec l’énergie de celui qui ne lâchera rien jusqu’à la mort parce qu’il s’agit simplement de qui vous êtes. Votre Essentiel.

La croisée du chemin

Certain conjoint vous aiderons, d’autre pas. Pas même par antisémitisme. Mais parce qu’ils ne savent simplement pas ce qu’être juif veut dire et pourquoi être juif serait si important à transmettre.

Alors vous allez être à la croisée d’un chemin. Nous sommes nombreux à avoir été à la croisée de ce chemin. Va-t- il supporter mes efforts pour que je transmette à nos enfants mon judaïsme ? Ou va- t-il aller à contre-courant ?

Et s’il va à contre-courant, suis-je prête à prendre le risque de le perdre, de séparer voir de déchirer ma famille pour transmettre cette chose dans mon ADN que je ressens presque comme une spécificité génétique?

Lui transmettre l’Histoire de mes ancêtres vivants, mais également morts massacrés pour que subsistent cette lumière identitaire ?

Ce « croisement » se présente rarement les 10 premières années. Il pointe son nez lorsque se fait de plus en plus audible la perspective de la Bar mitzva.

Vous vous dites alors : “comment vais-je faire, il ne lit pas l’hébreu, ne connaît pas Israël, n’a pas de copains juifs, n’a pas mis les pieds dans une synagogue! “ Et là…vous la vivez dans votre chair cette expérience émotionnelle correctrice.

Celle qui vous montre très clairement comme sur un écran de cinéma que oui, votre fils ne sait pas ce qu’est être juif et que la probabilité qu’il a de fonder un jour une famille juive est de l’ordre du 0,001.

J’entends les bonnes âmes dire «  mais n’y ont-ils pas pensé avant de se marier? Avant d’avoir des enfants ? »

Chaque couple ‘mixte’ est différent

Chaque couple ‘mixte’ est différent mais comme je témoigne ici du mien, je ne peux qu’apporter ma réponse. Et ma réponse est plutôt singulière et comme souvent, peu normative.

Quand j’ai rencontré mon mari, très vite j’ai su que je ne voudrai plus envisager l’avenir sans lui. Assez rapidement également, j’ai compris, peut-être parce que je suis une survivante, que je n’ allais être capable d’offrir à cet homme que 10 ans de ma vie. Puis que je partirai.

J’ignorais pourquoi alors mais j’ai toujours eu des visions très claires de mon avenir. Et ce que j’y ai vu, je l’ai réalisé. On dit que les tortues marines reviennent toujours sur leur lieu de naissance pour pondre. Moi je savais que je devrais partir un jour mais j’ignorais alors pour aller où.

Jusqu’à ce que surgisse ce politicien israélien fou. Fou de son pays, de sa patrie. 60% de son discours sur Israël était excessif mais il a eu lors d’un débat d’idées entre nous cette phrase qui a résonné si fort en moi : “ Dans ma famille tous mes frères et sœurs ont épousé des non juifs. Leurs enfants vivent comme des non juifs et dans la génération après eux…il n’y aura plus de juif.”

« Papa est en réa »

Je sais que cette phrase est restée comme un écho dans ma tête plusieurs mois même si je n’y pensais jamais consciemment. Le Pessah qui a suivi, je me suis vue prendre le chemin de la Syna avec mon fils. Puis mon téléphone a sonné un soir et ma sœur a dit ces mots : “ Papa est en réanimation.  Il est tombé dans un trou du jardin de sa maison de retraite, à Rothschild, et personne  ne l’a vu durant un moment. Il a fait une hémorragie suite au choc crânien dans ce trou de 3 mètres… Un trou non sécurisé. Dans une maison de retraite…Il est en réa.”

J’ai demandé au taxi de foncer. Il était impératif que j’arrive avant que mon père ne meurt. Cet homme d’origine indienne m’a regardé, s’est comme connecté et a compris. Il a traversé Paris au péril de sa licence.

Pris maints sens interdits. Roulé sur des trottoirs pour doubler. Pris des risques considérables pour lui et pour cette inconnue qui roulait contre la montre. Mon père en est mort de cette chute à la fondation Rothschild. J’ai dû affronter seul avec mon fils un enterrement juif. Avec son lot de prières et de présence ã la Syna. Juste mon fils et moi. Les 2 juifs.

Mon fils devenant alors subrepticement l’homme officiel juif de la maison. Et papi se tenant invisible non loin. Un peu comme si mon père offrait là une occasion à mon fils, son petit-fils, d’un rapprochement inévitable avec la synagogue. Avec Son Adn maternelle.

Sur les traces de mon père

Très vite, j’ai éprouvé le besoin impérieux d’aller en Israël sur les traces de mon père, ex Tsahal.

En reprenant mon vol de retour, c’était là, comme une évidence. Plus besoin d’être si inquiète envers l’Islamisme qui gangrène la France. Nul besoin de me soucier de la transmission. C’était ici et pas ailleurs que la tortue devait revenir déposer ses œufs.

Venir y vivre. Y voir grandir mes enfants. Depuis, mon fils apprend l’hébreu et de mon côté je prépare l’avenir.

Pour autant la mixité du couple reste un enjeu car même si j’ai trouvé et déjà constaté combien mon fils s’est approprié ce que je me suis attelée à transmettre seule, un mari non juif, aussi amoureux et brillant soit-il n’a aucune raison de se sentir attiré par Israël.

Ce fameux pays dépeint par les médias depuis son enfance comme un oppresseur de faibles. Et là le combat à mener est autre. Ce n’est plus la question de la transmission du judaïsme qui se pose mais celle d’une certaine forme de rejet  d’Israël.

Si je résume, quand on se rend compte au bout de 10 ans, l’âge de la Bar mitsva approchant que parce que notre mari n’est pas juif, notre fils a peu de chance de faire sa bar-mitsva et que c’est à sa mère uniquement de jouer le bâton de relai sur cette question, démarre un marathon. Celui d’insuffler nos valeurs et nos codes dans de bonnes conditions, si vous avez la chance d’avoir un mari intelligent. Celui d’aller seule avec un enfant ã la Syna lors des fêtes, aux repas traditionnels organisés par les Loubavitch, aux soirées d’associations juives comme le Keren Hayessod ou le Libi.

Le plus important pour toi ?

Lorsque ce chemin est bien engagé, pour ceux qui ont une fibre sioniste affirmée, il va falloir ensuite affronter l’enjeu de couple. Comment convaincre un non juif de venir s’installer en Israël, pays qui légitimement, ne veut rien dire pour lui?

Et s’il n’est pas convaincu…Répondre alors à la très sensible question : Qu’est ce qui est le plus important pour moi aujourd’hui ?

Mon couple?  Une vie de famille unie ? Ou l’appel d’une nation rude mais qui est tienne parce que c’est chez toi et que la-bas… tu n ‘ y seras pas le ´juif de la Nation’ ?

Et la réponse a finalement peu d’importance. Parce que quel que soit le choix que tu feras entre les deux, il te déchirera le cœur et laissera une partie de toi dans l’autre pays.

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua, femme et mère est thérapeute spécialisée en trauma et en hypnose. Depuis Paris, elle nous envoie ses chroniques qui ne laissent personne indifférent

Une pensée sur “Couple mixte: « Je croyais que mon fils se sentirait juif…Et bien non »

  • 15 janvier 2018 à 10:40
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    Voila, c’est triste mais c’est une realite.
    On ne peut se marier qu’avec les siens, nous n’avons pas le choix, c’est l’essence de notre vie. Mais c’est la voix du bonheur car elle appelle a construire et non a construire puis a defaire.

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