Comment Associated Press a collaboré avec les Nazis

Le travail d’une historienne allemande sur des documents d’archives a révélé que l’agence Associated Press a collaboré avec le régime d’Hitler dans les années 1930, en fournissant aux journaux américains du matériel directement produit et sélectionné par le ministère de la propagande nazie.

Associated Press, qui s’est lui-même décrit comme le corps de marine du journalisme (« always the first in and the last out ») était la seule agence de presse de l’Ouest en mesure de rester présente dans l’Allemagne d’Hitler jusqu’à ce que les États-Unis entrent en guerre en 1941. Il se trouvait ainsi dans une situation profitable en étant  le canal principal de presse et le fournisseur de photos de l’Etat totalitaire.

L’Associated Press avait pourtant l’interdiction d’embaucher des journalistes qui ont travaillé pour la division de la propagande du parti nazi. Sauf que l’un des quatre photographes employés dans les années 1930, Franz Roth, était un membre de la division de la propagande de l’unité paramilitaire SS, dont la plupart des photographies ont été personnellement choisis par Hitler lui-même. Depuis que l’historienne Scharnberg a livré ses conclusions, l’AP a retiré toutes les photos de Roth de son site web, bien que les légendes restent visibles en raison de « problèmes logiciels ».

Les archives de l’AP

L’AP a également permis au régime nazi d’utiliser ses propres archives photographiques pour sa littérature de propagande virulemment antisémite. Ainsi toutes les publications illustrées de la brochure best-seller des SS « Der Untermensch » ( « Les Sous-hommes ») et le fascicule « Les Juifs aux Etats-Unis » viennent des archives de l’agence de presse. Cette propagande visait à démontrer la décadence des Juifs américains avec la célèbre photo du maire juif de New York Fiorello LaGuardia qui mangeait avec ses mains.

Mais le photographe Franz Roth a aussi permis de sélectionner sous ordres personnels de Hitler les photos des cadavres de la prison de Lviv distribuées à la presse américaine. « Au lieu d’imprimer des photos des pogromes de Lviv avec ses milliers de victimes juives, la presse américaine a reçu uniquement des photographies montrant les victimes de la police soviétique pour montrer la brutalité des criminels de guerre de l’Armée rouge, » déclare Scharnberg.

L’AP se défend

« Il est juste de dire que ces photographies ont joué un vrai rôle visant à déguiser le vrai caractère guerrier menée par les Allemands et ont servi les intérêts et la propagande nazie », a déclaré l’historienne. ». Le porte-parole de l’AP s’est défendu:  «Alors que nous continuons à traiter cette question, l’AP rejette toute idée selon laquelle elle aurait délibérément «collaboré» avec le régime nazi.

L’AP comme les autres organisations de presse étrangères ont été soumis à une pression intense du régime nazi lors de l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1932 et cela jusqu’à son expulsion de l’Allemagne en 1941. C’est une période sombre et dangereuse! »

5 pensées sur “Comment Associated Press a collaboré avec les Nazis

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    31 mars 2016 à 15 h 05 min
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    en ce qui concerne Associated Press j’ai souvenir que George Seldes, ce géant du journalisme américain, a pu dire de Cortesi, leur correspondance en Italie fasciste, qu’il était… « more black than the blackshirts ». D’autre part c’était au-delà de AP que les agences de presse étrangères acceptaient, dans le cas fasciste, un deal qui de nos jours encore a cours sous d’autres dictatures : soit elles répercutaient les dépêches de l’agence officielle Stefani (en ce cas, elles avaient droit à 3000 mots gratuits), soit elles voulaient s’exprimer -en ce cas il fallait payer. Ce fut même pour cette raison que de nombreux américains y compris juifs devinrent lecteurs du… Christian Science Monitor, qui passait pour avoir ses propres correspondants et ne pas répercuter les dépêches d’agence.

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        1 avril 2016 à 17 h 57 min
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        (…. donc j’en rajoute, merci à vous) en ce qui concerne La Guardia ici en couverture les nazis lui vouaient une détestation qui n’est pas sans rappeler -à la limite du mimétisme- celle qu’ils vouaient à Henry Torrès l’avocat, et ce pour… trois raisons. La première est que tous deux étaient juifs, la deuxième est qu’ils symbolisaient dans leur propre pays la lutte contre la barbarie, et la troisième est que tous deux étaient de glorieux… médaillés de la Première guerre mondiale ! Ce n’était pas une bonne affaire pour la propagande nazie, qui visait au monopole de la « valeur militaire »…

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    28 décembre 2020 à 14 h 38 min
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    avec le temps on aura sans doute encore droit à d’autres révélations, et c’est très bien ainsi, mais elles ne feront que confirmer ce que l’on sait de longue date : « en fait toute l’industrie américaine trafiquait, partout où elle le pouvait, avec Hitler, Mussolini et l’empire du Japon » (Saul Alinsk, John L. Lewis, 1949, p. 203).

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    29 décembre 2020 à 17 h 58 min
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    en fait, les choses se passaient… comme aujourd’hui. Les tenants de l’idéologie dominante n’avaient que « la démocratie » à la bouche tant qu’elle leur permettait d’afficher leur impayable vertu, et ils n’hésitaient pas à brandir les dictatures en guise de repoussoir mais ils faisaient dans leur pantalon à la seule idée de perdre un seul contrat commercial

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