Ces synagogues qui sortent de terre en Afrique noire

LES JUIFS NOIRS EN AFRIQUE : Crypto-Juifs, Marranes, tribus perdues ou convertis au 20ème siècle ? Par Pierre Mamou

Depuis le début du 20ème siècle, en dehors des fameux Falashas Béta d’Ethiopie, quelques sociétés Africaines dispersées sur l’ensemble du continent affirment une identité Juive. Des synagogues sont spontanément sorties de terre au cœur de villages d’Afrique noire, occidentale, orientale et australe. Certains des membres de ces communautés font remonter leur origine aux tribus perdues d’Israël ou se proclament descendre de communautés juives installées depuis des temps anciens.

Citons parmi eux les membres de l’association Zakhor à Tombouctou (Mali), les Abayudaya d’Ouganda, la communauté House of Israël au Ghana, les Beth Yeshouroun du Cameroun, les Igbo du Nigéria, les Tutsi Hebrew of Havila au Rwanda-Burundi, les Lemba d’Afrique du sud et du Zimbabwe, et les Jews of Rusape également du Zimbabwe.

Nous allons essayer de comprendre aujourd’hui qui sont ces descendants de communautés Juives en Afrique Noire :

Au Ghana les populations Amina qui pratiquaient le judaïsme furent à la merci de leurs voisins musulmans et subirent des razzias et des conversions forcées à l’Islam. Vers 1033, des tribus noires du Soudan désignées sous le nom de Baquara habitaient prés de la ville de Tateklatin. Elles pratiquaient la religion judaïque et guerroyaient avec leurs voisins Berbères convertis à l’Islam. Ces derniers, descendants du groupe Mandingue auraient perdu tout contact avec l’influence Juive sauf les Mandes au sud de Bamako. Selon le R.P Francois Diallo (1911-1996) qui écrivit : « j’étais surpris par la similitude de nos traditions mandées avec les traditions juives.

Aujourd’hui encore 7 jours après la naissance de l’enfant parents et amis se réunissent pour l’imposition du prénom, suivi plus tard de la cérémonie de la circoncision. Puis viendra l’instruction et l’initiation au sens profond de la tradition. Un cérémonial qui ressemble étrangement à la sortie des Hébreux de la terre d’Egypte ». Les auteurs arabes mentionnent des groupements de juifs disséminés un peu partout en Afrique de l’Ouest qui correspond à l’ancien Ghana, la partie méridionale de la Mauritanie, l’est du Sénégal et la boucle du Niger. Mais ces groupes juifs, faibles numériquement  mal encadrés et mal organisés auraient disparus ou ont été islamisés.

LE PETIT ROYAUME JUIF DU TOUAT

Après la destruction du second temple en 70 après l’ère commune, les Juifs de Cyrénaïque (Lybie) se révoltèrent entre 115 et 118 contre Rome. Après leur défaite, plusieurs milliers d’entre eux réussissent à s’enfuir à travers le Sahara. Ils se dirigent vers l’ouest en longeant l’Atlas saharien pour finalement se retrouver au Touat ou résidait une petit communauté Juive vivant en bonne intelligence avec des tribus Berbères.

Les Juifs y apportèrent des nouvelles méthodes d’irrigation par un ingénieux système de canalisations souterraines. « Les fogagir » contribuèrent à la réussite économique du Touat.

Jusqu’à l’invasion Arabe au 8ème siècle le petit royaume Juif prospéra et fut renforcé par l’arrivée de nouveaux immigrants Juifs ayant fui l’Arabie, pays désormais interdit aux Juifs. Le Touat devint la plaque tournante du commerce  transsaharien jusqu’au 14ème siècle. Les caravanes du royaume sillonnaient le désert pour approvisionner l’Afrique en sel, cotonnades, cuivre et verroterie et satisfaire les énormes besoins des royaumes musulmans du Maghreb et de l’Espagne en ivoire, plumes d’autruche, et surtout en or en poudre.

Selon plusieurs sources Arabes, les indigènes racontent que les ksour de Tamentit, la capitale du Touat furent fondés par des Juifs. Dans une lettre de 1235 retrouvé dans la Genizah du Caire, il est fait état du commerce caravanier transitant par le Touat et échangeant avec l’Afrique noire au delà du Mali.

La conversion ou l’exil

Mais l’aventure des Juifs Touatiens a été brutalement interrompue en 1492 par le fanatisme de certains de leurs voisins Musulmans conduit par le cheikh venu de Tlemcem, Abdelkrim El Maghili. Il ordonna le massacre des Juifs du Touat promettant 7 miktals d’or (environ 30 grammes) par tête de Juif assassiné. Il n’eurent le choix qu’entre la conversion à l’Islam pour demeurer au Touat ou l’exode éperdu à travers le désert du Sahara pour essayer de rejoindre des groupements Juifs déjà installés en Afrique noire ou à la lisière du désert chez les Touaregs.

Cette fuite est une première explication à l’arrivée des Juifs en Mauritanie. La-bas, des forgerons appelés Ihud étaient signalés jusqu’aux années 1950. On témoignait de la présence juive également prés du lac Fati, dans la boucle du fleuve Niger.

Parmi les rescapés juifs du Touat au Maghreb, certains noms de famille rappellent leur origine : Touati, Touitou, Zenati ( de la tribu des Zénètes), Médioni, Zeroual.

LES MARRANES PORTUGAIS

Quand le Portugal découvrit l’île déserte du Cap Vert, peuplée de bêtes sauvages, il y exila des enfants et des adolescents marranes. ils furent rejoints plus tard, par des esclaves africains. C’est la raison pour laquelle il existe aujourd’hui dans cette île, de nombreux habitants métissés d’origine juive.

Les autres colonies portugaise d’Afrique, l’Angola et le Mozambique virent aussi l’arrivée de marranes portugais qui se métissèrent avec les populations locales. Egalement les colons Boers Hollandais qui arrivèrent en Afrique du sud furent accompagnés de marchands marranes portugais installés à Amsterdam.

Ceci explique peut être que selon une étude récente, les Lemba d’Afrique du sud avaient pour certains d’entre eux, la même ADN que les Cohanims, les anciens prêtres du temple de Jérusalem.

LES CONVERSIONS AU JUDAISME AU 20ème siècle 

La grande diversité ethnique et culturelle de l’Afrique se combine à une scène religieuse tout aussi complexe. Les identités religieuses africaines ont été façonnées par leur participation au christianisme, à l’Islam, aux religions païennes Africaines et plus récemment au protestantisme. Par ailleurs, les évangélistes auraient poussés certains groupes Africains au 20ème siècle à étudier la bible, l’ancien et le nouveau testament. Mais certains africains ne se sentaient attirés que par l’ancien testament, la Thora, comme étant la religion révélée originelle. Ils s’identifièrent ainsi aux Juifs et à l’Israël biblique.

Certains considèrent qu’il s’agit d’une chance pour le peuple Juif de s’enrichir du retour des descendants de crypto Juifs et de convertis. Le judaïsme n’a jamais pratiqué de prosélytisme mais ne peut refuser des conversions orthodoxes.

Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

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