Ces juifs du bout du monde : Le Mali et le Sénégal

Au VIIIème siècle, les grands voyageurs Arabes Idrissi et Al Bakiri mentionnent l’existence de populations plus « Juives », entre le Mali et le Sénégal actuels. « Ces gens-là lisent la Torah et se disent Juifs ». D’où viennent-ils ?

Comment sont-ils arrivés jusqu’au Mali et au Sénégal ? Descendants des tribus exilées par Sennachérib en 722 BC. Exilés volontaires en Cyrénaïque du IVème siècle jusqu’à l’époque romaine, dont certains auraient poussé plus au Sud ? Syriens et Levantins du VIIème siècle fuyant la conversion forcée au proche Orient ? Ce sont les principales hypothèses. Lesquelles n’excluent pas un apport ultérieur quand les Almohades tenteront d’islamiser toute la péninsule ibérique.

En tout cas, ces Juifs sont encore là au XVème siècle. L’historien et voyageur Marocain Mahmoud Al Katti parle d’une tribu juive installée dans une boucle du Niger. Leur nom: Les Banou Israél.  Au XVIème siècle, la coexistence tourne mal.

Les Juifs de Touat sont exterminés par Abd El Krim El Meghili. Dans la foulée, Mohammed Touré fait arrêter tous les Juifs de Gao et des environs, mais le sultan de Tombouctou les gracie à condition qu’ils se dispersent (une fois de plus) et se fassent oublier. Cela n’empêche pas des massacres.

Discrets mais tolérés

Aujourd’hui encore, près de Tendirma, on relève des fosses communes, peu profondes, remplies d’os empilés et entremêlés dans des inhumations pour le moins sommaires. Mais ces Juifs n’ont pas tous disparu car, à l’époque moderne, l’explorateur Mungo Park affirme avoir rencontré des Juifs à Tombouctou en 1895, discrets mais tolérés. Et une tribu noire, de traits africains, un peu comme les Ethiopiens, qui s’appelle même les « Al Kohen »!

Tandis que dans la deuxième moitié du siècle dernier, Théodore Monod note la présence de la Magen David (sceau de Salomon) au-dessus d’une porte à Ouadane, ou encore relève une stèle hébraïque à Ghormali. Et puis, parmi certains Touaregs de Tombouctou et de Gao, islamisés aujourd’hui, on trouve des noms comme Eli, Mardoché, Zaryel, Lewi et dans leurs dialectes plusieurs dizaines de mots d’hébreu, à peine modifiés.

Sources : 

Les Juifs du Sahara, Jacob Oliel, CNRS Editions, 1994

Théodore Monod, L’hippopotame et le philosophe, Actes Sud, 1993

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