Ce qu’on veut dire aux hommes politiques israéliens

Péril en la demeure Israël par Rony Akrich. Depuis près d’un an, l’État d’Israël est paralysé par le pillage politique et les citoyens en paient le prix.

Le budget du panier pharmaceutique n’est pas encore achevé.
Le financement des jardins d’enfants pour Hanoucah a été annulé.
Les allocations pour handicapés sont en danger.
Le gel des fonds pour juguler la violence dans le secteur arabe est préoccupant.
Le dernier, et non des moindres, Tsahal (l’Armée Israélienne) prévoit de devoir faire face aux conséquences financières, vu l’incertitude politique récurrente.
Depuis près d’un an, l’État d’Israël mène une série de campagnes électorales, avec un gouvernement de transition et une Knesset paralysée.

Voici donc quelques entendements des plus probants, le descriptif n’est pas exhaustif. Trois campagnes électorales par an coûtent cher à l’État: plus de 6 milliards de Shekels. Cela représente environ 1,8 milliard de Shekels par jour chômé pour chaque journée électorale, et nous aurons ainsi trois de ces jours en 10 mois. À cela, il convient d’ajouter le budget de la Commission électorale centrale, un milliard de Shekels pour trois campagnes électorales. Avouons prestement que d’élection en élection, le budget augmente, puisqu’il est difficile de recruter des employés et de communiquer avec les fournisseurs à un rythme aussi rapide, les caisses de la commission sont vides.

De plus, tous les partis reçoivent, bien évidemment, un financement électoral. Ces derniers ont une dette de 180 millions de shekels envers la Knesset.
Qu’ont-ils fait jusqu’à aujourd’hui?
Eh bien, ils retardent le remboursement des prêts à la Knesset et augmentent leurs financements, le budget de chaque parti nous coûtera environ 700 millions de shekels pour 3 élections.

6 milliards de shekels

Les dommages économiques indirects, résultant d’un an et demi de stagnation pendant lequel les ministères fonctionnent au ralenti et ne peuvent promouvoir de réformes au profit du public et des consommateurs, sont beaucoup plus élevés.
Le budget des dépenses de l’État est supérieur à 400 milliards de Shekels!
Donc notre problème, à savoir plus de six milliards de gaspillage politique, est une goutte d’eau dans l’océan.
Pensez à ce que vous pourriez faire avec 6 milliards de Shekels!

Le panier pharmaceutique pourrait être augmenté de plus d’un demi-milliard de Shekels.
On pourrait donner plus d’argent au système de santé qui s’effondre.
On pourrait aider les handicapés!
Les accords sociaux se terminent fin 2019 et les nouveaux pour 2020 auraient dû permettre l’augmentation prévue pour avril, nul ne sait qui pourra les financer.
Qui plus est, les centres de loisirs pour enfants lors des prochains congés de Hanoucah ne pourront voir le jour faute de budget.

Reste le plus frappant: en janvier 2020, dans moins d’un mois, les salaires des membres de la Knesset augmenteront de 3,5%.

Saccage politique

Bien que la commission sur la santé publique approche de la date de ses recommandations, à ce jour, elle n’a pas encore reçu le montant du budget mis à sa disposition. En effet, au cours des trois dernières années, le budget de cette commission a été fixé dans le cadre d’un accord de trois ans en 2016. Mais en cette année 2019 marquant la fin de la période, aucun gouvernement n’a encore pu décider des crédits allouer à l’ensemble des sujets concernant la commission. Bientôt, les accords entre les caisses de maladie et les hôpitaux expireront et la population commencera à ressentir les tensions.

Sans le renouvellement des accords sociaux et budgétaires, les administrations pourraient bien ne plus envoyer les assurés vers les hôpitaux afin de ne pas creuser leur déficit et prendre des mesures draconiennes, certainement mauvaises pour l’individu.
Lorsque les accords de plafonnement expirent et ne sont pas renouvelés, des décisions cruelles sont ainsi prises, chaque institution prendra soin d’elle-même et le patient finira par se retrouver entre le marteau et l’enclume.

De nombreux programmes du ministère de l’Éducation, budgétisés pour plus de 60 milliards de shekels en 2019, restent incertains en raison du saccage politique. La victime immédiate est, comme nous l’avons dit, le programme subventionné « L’école des vacances », qui organise des activités d’enrichissement et d’éducation pour les enfants d’âge préscolaire et les classes primaires pendant les vacances. Si l’année dernière le ministère finança le plan, cette fois-ci, le coût sera réparti différemment pour les parents, de sorte que les municipalités les plus riches financeront plus et les municipalités les plus faibles, moins.

Les réformes attendent

Une série de réformes au sein du ministère de l’Éducation, notamment celle sur l’éducation spécialisée, rencontrera vraisemblablement de nombreuses difficultés. Le principal objectif de cette réforme est d’intégrer les enfants de l’enseignement spécialisé au sein de l’enseignement ordinaire, selon le cahier des charges, il devrait être pleinement mis en œuvre l’année prochaine à travers le pays. Bien que coûteux et onéreux, il n’est certes pas évident aujourd’hui de connaitre l’origine du budget du ministère de l’Éducation à même de mettre en œuvre la réforme et dans quelle mesure. Bien sûr, les enseignants sont également touchés par la stagnation politique en cours.

À la fin de l’année dernière, le grand accord salarial, avec le syndicat de l’éducation pour les primaires et collèges affiliés à la ‘Histadrout’, a expiré. Il réglemente les frais de scolarité des enfants d’âge préscolaire et les salaires du corps enseignant dans ces établissements. Un nouvel accord pourrait améliorer considérablement les conditions d’emploi de la plupart des enseignants en Israël, mais en l’absence de gouvernement, les négociations syndicales avec le ministère des Finances ont été retardées et sa signature aurait dû améliorer sensiblement les conditions d’emploi de ces derniers.

Selon la loi, les personnes handicapées devraient recevoir au minimum 400 NIS supplémentaires par mois, étalés sur les deux prochaines années et budgétés en partie dès 2020, après approbation du gouvernement et de la commission de la protection sociale. Cependant, un gouvernement de transition ne peut pas approuver un tel budget supplémentaire, s’élevant à des milliards de Shekels.

Les hommes définis comme violents et dangereux envers leurs épouses continueront à se déplacer librement et sans surveillance en raison de l’absence de gouvernement. L’année dernière, la protestation des femmes avait engendré la loi sur la surveillance électronique de Mr Netanyahou. Il leur avait promis de la présenter devant la Knesset en tant que « législation urgente ». Elle figure encore et toujours parmi les dossiers en attente.

Environ 200 jeunes et adolescents sont forcés de vivre dans la rue. Ce sont pourtant des toxicomanes, victimes de prostitution et de criminalité et soumis à des violences. En raison des lenteurs du ministère de la Jeunesse en précarité et du ministère de la protection sociale qui est débordé de demandes, le temps d’attente moyen est de 7 à 9 mois, et pendant ce temps, garçons et filles sont laissés seuls, livrés à eux-mêmes, car aucun budget pour des dortoirs supplémentaires n’a encore été approuvé.

Une transition qui dure

Après une longue période de graves dysfonctionnement aux responsabilités, budgets et activités du ministère des Affaires étrangères, l’organe responsable de l’image de l’État d’Israël dans le monde ne fonctionne pas correctement ici et maintenant. Les ambassadeurs israéliens à l’étranger sont limités et ne peuvent même pas visiter les communautés juives affectées par la résurgence antisémite. Les responsables du ministère des Affaires étrangères se débattent et demandent des approbations à chaque voyage important, les budgets publicitaires, y compris la menace iranienne, ont été gravement touchés. Israël étant dirigé par un gouvernement de transition depuis près d’un an, les nominations diplomatiques sont remises à plus tard.

L’instabilité persistante du gouvernement en Israël pourrait, entre autres, entraver les efforts visant à freiner la violence dans la société arabe.
En l’absence de budget et de gouvernement opérationnels, les sommes nécessaires à la mise en œuvre des divers programmes gouvernementaux sur la question ne peuvent pas être transférées, et les premiers à pouvoir être directement touchés par cette situation seront les citoyens.

Les activités opérationnelles en cours, ainsi que le haut niveau de préparation de Tsahal à la guerre, si jamais un conflit devait se produire dans le nord ou le sud, ne seront pas affectés par notre réalité politique dramatique et sans fin. Cependant, sur le terrain lui-même, des signes préjudiciables se font déjà sentir dans la cadence des activités nécessaires au renforcement des FDI dans les années à venir, et même dans l’entrainement des soldats.

Après une longue année de discussions au sein de nombreuses équipes, Tsahal a déjà formulé les principaux éléments du programme « Tenoufa », mais ceux-ci sont mis au congélateur suite aux élections répétitives et au gouvernement de transition. Des décisions dramatiques, sur la forme de Tsahal au cours de la dernière décennie, attendent l’approbation du Cabinet de sécurité nationale, le décret de fermer certaines divisions terrestres supportant encore des plateformes obsolètes y est inclus.

De plus, les énormes plans budgétaires de l’aide américaine attendent depuis un an la mise en place d’un nouveau cabinet permanent. Lui seul sera autorisé à sélectionner et approuver l’achat de nouveaux avions de chasse et hélicoptères.

Otages des politiques

Le pessimisme et le désespoir sont, à mon humble avis, suffisamment réels et aigus pour hisser la bannière de véritables manifestations protestataires et le début d’une contestation civile. Le peuple a été kidnappé pour mieux être assujetti par une oligarchie politico financière israélienne sans foi ni loi, pernicieuse et nauséabonde. Ce n’est pas un appel anti-démocratique, c’est au contraire l’essence même du « Demos-Cratos » en clair: faire entendre la voix forte du pouvoir populaire.

Pour toutes les personnes partageant l’idée démocratique, notre situation est paradoxale, d’une part un pays pris en otage, d’autre part des citoyens amorphes et résignés. Le refus civil de se soumettre à une gouvernance et des politiques dûment élus est justifié comme étant le seul moyen de sauver la vraie démocratie.
Pour l’instant, cependant, je déplore amèrement le fait qu’aucune figure contemporaine, d’où qu’elle vienne, ne possède les qualités requises afin de redonner aux Israéliens, la confiance, l’espoir, l’aspiration à être et devenir mieux.

Mais, j’espère et je prie qu’un tel dirigeant, homme ou femme, émerge très bientôt, avant que les situations précaires à nos frontières ne viennent nous rappeler, comme à chaque fois, nos priorités nationales dont l’identité morale doit rester et demeurer le fer de lance.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

4 pensées sur “Ce qu’on veut dire aux hommes politiques israéliens

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    17 décembre 2019 à 10 h 21 min
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    Vous auriez dû envoyer cet article à Ganz et Lieberman. Le premier refuse de s’allier avec un bloc de 55 députés si le président démocratiquement élu du parti le plus important de ce bloc n’est pas remplacé et le second, pour apporter son soutien, exige un gouvernement d’union nationale qui peut se passer de son soutien.
    Comment est-ce possible que +- 40% des Israéliens juifs n’aient pas encore compris que comme Corbyn en Angleterre, Lieberman et Gantz bloquent le processus électoral . Il faut au moins une fois par semaine manger du poisson.

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    17 décembre 2019 à 10 h 52 min
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    Dans la Knesset, il n’y a pas 110 députés qui reconnaissent Israël comme Etat juif.
    Netanyahu est assuré du soutien d’un bloc de 55 députés.
    Conclusion: Lieberman , Gantz et compagnie , de même que tous ceux qui votent pour eux, s’opposent soit à la démocratie soit à Israël comme Etat juif.

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    18 décembre 2019 à 15 h 08 min
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    Nous avons certainement les députés les plus bêtes et les plus inféodés du monde. Il est rageant de constater que devant cette situation d’impasse aucun député ne s’est désolidarisé de son parti à la recherche d’une solution de compromis. Aucun groupe à la Knesset ne s’est formé spontanément pour éviter cette 3 ème élection qui nous mènera à la même impasse que la précédente. Il est vrai que le système est pervers et que le député israélien doit plus à son parti qu’au public puisque nous ne votons pas pour un député mais pour une liste confectionnée par le parti.
    De quoi dégoûter d’aller voter….

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    31 décembre 2019 à 2 h 22 min
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    Pourquoi les Israéliens pris en otage par leurs dirigeants ne protestent pas dans les rues les Gilets Jaunes en France?
    Je suis autrichien et j attends aussi avec impatience que le pays ( que j ai quitté il y a 36 ans pour le Japon) ait bientôt un gouvernement ( peut-être début janvier 2020)
    Les élections coûtent tellement. On pourrait faire beaucoup de choses utiles avec cet argent.
    Les Japonais sont un peuple qui essaye toujours de trouver un consensus, on n aime se disputer, il n y a pratiquement jamais de grève ici bien qu il y ait sûrement des choses à améliorer.
    J aimerais bien visiter Israël un jour. ELAL va commencer en mars à desservir Tokyo! Une bonne nouvelle en cette fin d année qui a été très mauvaise pour le Japon, plus de cent morts dans les inondations d octobre. Néanmoins, il fait bon de vivre ici.
    J ai vécu en Belgique et Autriche avant de rejoindre mon épouse japonaise.
    J ai vu récemment une vidéo de vous qui était très intéressante. Il s agissait de la réunification du peuple dispersé dans le monde entier.
    Heureusement que c était en français car je ne connais pas du tout l hébreu
    Bonne fête de Hanouka
    Richard

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