Ce que les Américains pensent réellement de Bennett et Lapid

Benjamin Netanyahu a démontré une compréhension de la politique et de la culture américaines inégalée. Pourtant, certains experts pensent que le nouveau Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid pourraient avoir plus de poids auprès des responsables de l’administration actuelle. Par David Sebban

Le départ du Premier ministre Benjamin Netanyahou du rôle qu’il a occupé pendant plus d’une décennie fait craindre un leadership israélien inexpérimenté face aux États-Unis.

Au cours de son mandat, Netanyahou a exercé une compréhension de la politique et de la culture américaines inégalée. Il est populaire parmi les politiciens et les électeurs aux États-Unis, en particulier les républicains. Dans la même veine, cependant, il a également ébouriffé quelques plumes.

Michael Doran, chercheur au Hudson Institute et ancien responsable du Conseil de sécurité nationale sous le président George W. Bush spécialisé dans la politique au Moyen-Orient, a déclaré que « Netanyahou était singulier parmi les dirigeants israéliens. Il sait comprendre l’environnement politique américain. Il est si talentueux qu’il peut s’adresser directement  aux Américains pour leur expliquer la position israélienne ».

« Netanyahou », a encore déclaré Doran, « pouvait également tenir tête aux dirigeants des États-Unis, ce qu’il a démontré face à Obama dans son discours de 2015 lors d’une session conjointe du Congrès ».

L’Iran: pierre d’achoppement

« Le manque d’influence se manifestera le plus lorsque Biden traitera avec l’Iran », a-t-il déclaré, car « Netanyahou avait une compréhension de toutes les dimensions de la question iranienne – pas seulement ses ambitions nucléaires, mais son rôle dans la consolidation du pouvoir sur le terrain dans les pays arabes. Ce sera un point de discorde important, et je pense que ce sera plus facile pour les États-Unis d’intimider les nouveaux dirigeants israéliens. Je pense qu’ils seront plus réceptifs ; ils seront plus intéressés à essayer de gagner les faveurs de Washington en limitant certaines de leurs activités. »

« Il s’agit d’une politique américaine unilatérale envers l’Iran, et c’est une politique que les Israéliens ne pourront influencer qu’en se dressant avec beaucoup de courage face aux Américains », a déclaré Doran. « Et ces gars-là (Bennett et Lapid) n’ont pas l’expérience ou la compréhension des problèmes pour le faire. »

D’autres experts aux États-Unis, cependant, pensent que les nouveaux dirigeants israéliens pourraient avoir plus de poids parmi les responsables de l’administration Biden et ses politiques.

Une oreille plus attentive des Américains

Aaron David Miller, chercheur principal au Carnegie Endowment et ancien analyste et négociateur du Département d’État américain, a déclaré que le nouveau gouvernement aurait plus d’influence sur la politique américaine que celle de Netanyahou parce que la coalition diversifiée de ce gouvernement, comprenant la gauche, le centre et la droite, impliquerait un soutien plus large aux politiques qu’il embrasse. Cette même diversité l’empêchera également de prendre des décisions partisanes à la Netanyahou qui mettent les démocrates en colère.

«Je pense que l’administration Biden sera très heureuse et prêtera une grande attention à ce nouveau gouvernement. Et l’enveloppe d’un milliard de dollars [pour les intercepteurs du système Iron Dome] sera vite accordée », a-t-il déclaré. « Bennett ou les nouveaux ministres du gouvernement ne voudront pas jouer les démocrates contre les républicains comme Bibi l’a fait. Et cela créera, je pense, une relation bien différente», a-t-il déclaré.

L’enfance de Bennett aux Etats-Unis

Reste que comme Netanyahou, Bennett a une compréhension plus profonde de l’Amérique que la plupart des autres politiciens israéliens. Il possède aussi une solide maîtrise de l’anglais américain. Il pourrait également utiliser cela à son avantage. Bennett est le fils d’immigrants américains et, comme Netanyahou, a passé beaucoup de temps pendant son enfance aux États-Unis.

Natan Sachs, directeur du Brookings Institution Center for Middle East Policy, convient avec Miller qu’un nouveau gouvernement de coalition pourrait apporter certains avantages qu’un Netanyahou si expérimenté soit-il ne pouvait pas engranger, en particulier sous une administration démocrate.

Conflit israélo-palestinien : rien de nouveau

« Netanyahou », a déclaré Sachs, « est toxique pour les démocrates. Il est ouvertement détesté. Même Bennett, qui est parfois plus à droite que Netanyahou, n’est pas aussi honni ».

« Mais même si les démocrates sont plus disposés à accepter le nouveau gouvernement et ses politiques, il est peu probable qu’Israël perde le soutien des républicains » selon Elliott Abrams, chercheur principal pour les études sur le Moyen-Orient au Council on Foreign Relations. « La relation du Parti républicain n’a pas commencé avec Netanyahou et ne se terminera pas avec Netanyahou », a-t-il déclaré.

Quant au conflit israélo-palestinien, tous les analystes outre-Atlantique semblent être d’accord sur un point. Même si au sein du nouveau  gouvernent israélien, certains partis sont enclin à plus de souplesse face aux palestiniens, ces derniers eux, n’ont pas varié d’un iota. Les exigences palestiniennes demeurent inconciliables pour la grande majorité des partis de la Knesset. Jérusalem et Ramallah expriment des positions tellement opposées, qu’il n’existe pour l’heure aucune solution miracle qui représenterait un embryon de solution au conflit.  

David Sebban

David Sebban

Fondateur et Rédacteur en chef de Coolamnews. Journaliste TV et Radio, formateur et enseignant en communication, David est spécialisé dans l'actualité proche-orientale en général et israélienne en particulier.

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