Appel à témoins : qui a caché Franz Stein pendant la shoah ?

À partir des archives de leur grand-père Franz Stein, qui avait trouvé refuge à Montauban, ses petites-filles mènent depuis 2018 un vrai travail d’enquête pour renouer le lien avec les descendants de familles montalbanaises qui ont contribué à sauver des juifs.

Comme les pièces d’un puzzle, c’est un long et patient travail que mènent depuis 4 ans les petites-filles de Franz Stein, un juif autrichien hébergé et caché à Montauban pendant les années noires de l’Occupation. Elles cherchent des témoins.

Si Tina Bachmann et sa sœur Petra sont là aujourd’hui, c’est parce que des familles tarn-et-garonnaises ont ouvert leur porte à leurs grands-parents, risquant leur propre vie pour sauver celle de ces juifs autrichiens auxquels les nazis réservaient un sort funeste. Aujourd’hui, elles veulent retrouver ces héros de l’ombre pour leur exprimer leur gratitude.

Après un premier appel de Tina Bachmann en 2018 sur le site AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie dans les communes de France), la page Facebook « Les amis du vieux Montauban » avait permis les premières retrouvailles avec notre correspondante de Villemade, Nadyne Vern-Frouillou, fille et petite-fille de Suzanne Vern-Maynard et de Léony et Abel Maynard. Elles avaient hébergé Franz et Joséphine (Fini) Stein et leur fille Colette, née à Montauban en octobre 1941. 

Notre journal a ensuite assuré un relais efficace qui a permis de retrouver de nombreux autres membres de familles salvatrices. Petra et Tina, les petites-filles de Franz et Joséphine Stein et filles de Colette ont pu rencontrer lors de leur venue en France en juillet 2019.

Nouvel appel à témoins

Confiante, Tina qui rédige un livre, continue à trier et décrypter les archives de son grand-père et espère qu’un nouvel appel lui permettra de résoudre de nouvelles énigmes.

La première recherche concerne deux familles Delaval ou Laval et Delors (1). « Franz et Joséphine Stein, explique Tina, ont reçu de faux papiers de la Résistance. Ils ont été fournis par une famille montalbanaise : Delaval / Delavalle / de Laval. Il faut mentionner que mon grand-père n’est pas précis, il écrit : « Quelque chose comme Delaval ou de Laval ». 

Franz Stein se souvient que le père était professeur de musique dans le lycée de Montauban. Quant à son épouse, elle était en contact avec la Résistance. Les faux papiers ont été établis au nom de Joséphine et François Lorand. Le fils de cette famille était actif dans la Résistance. Il était un commissaire de gouvernement à Toulouse. » La moindre information, le plus petit indice peuvent permettre de faire avancer les recherches.

On peut téléphoner au 06 13 59 38 64 ou écrire avec des photos ou documents joints à l’adresse meninoc1014@gmail.com.

À la recherche d’Adeline, professeur qui a démissionné pour sauver Stéphanie Bauer

Le deuxième appel lancé par Tina et Petra concerne les descendants de la famille Brachet et de la famille qui a hébergé Stéphanie, dite Steffi Bauer, juive autrichienne mais aussi la famille Stein. 

Cachée à Montauban, Stéphanie Bauer était assistante en radiographie. Elle explique : « L’époux de ma mère-de-foyer était directeur d’une banque en Indochine. Au décès de son mari, la veuve est revenue à Montauban avec leurs enfants et la nounou de l’Indochine nommée Nanja ».

En août 1943, Stéphanie Bauer, recommandée par Mgr Théas, évêque de Montauban, se présente à Adeline Brachet, conseillère pédagogique dans une institution catholique de Montauban. Un an après son arrivée, la directrice ordonne à Stefanie de quitter l’établissement.

Adeline démissionne sur-le-champ et elles partent dans les Pyrénées-Atlantiques. Stéphanie Bauer est comptable en échange de son logement et de sa nourriture. Tandis qu’Adeline, professeur, subvient aux besoins de son amie grâce à son traitement, jusqu’à la Libération (2).

Sur ce site, il y a plusieurs photos de Stéphanie dont une qui frappe Tina car similaire à deux photos qu’elle possède : le même jardin et les mêmes personnes. la nounou Nanja, des enfants et Stéphanie Bauer. 

« ça veut dire, raconte Tina, que Stefanie Bauer ainsi que mes grands-parents ont été cachés par la même famille. Les images en sont la preuve. Les enfants pourraient être ceux de la maîtresse de maison ou peut-être d’autres enfants juifs ayant eu besoin d’aide. »

Elle a donc un flot de questions pour d’éventuels témoins

Y a t-il eu des témoins ? Qui se souvient d’avoir entendu parler d’un de ces détails ? Qui reconnaît un enfant sur les photos ? Quelqu’un a entendu parler de ce Montalbanais qui a travaillé pour une banque, à l’étranger (dont l’Indochine) ? Qui a eu écho de son épouse avec une nounou indochinoise ? Qui a connu Nanja ? Tina possède plusieurs adresses dont une pourrait être celle de la maîtresse de maison inconnue dont elle recherche le nom.

Tina espère beaucoup de l’assistance des lecteurs de La Dépêche qu’elle remercie déjà. « N’importe quel petit détail, serait un grand bénéfice pour mieux connaître une histoire austro-montalbanaise.

(1) Au cours de recherches plus récentes, Tina a trouvé qu’une juive autrichienne, Stefanie Bauer a aussi reçu de l’aide d’une famille (même constitution mari, épouse et fils) mais nommée Delors, le fils se prénommant Jean. Delors et (De) Laval sont ils les noms de membres d’une seule et même famille ?

(2) Son histoire est relatée sur le site https://www.doew.at/erinnern/biographien/spanienarchiv-online/spanienfreiwillige-b/bauer-stefanie.

La photo ci-dessus: Nanja, la nounou indochinoise tient dans ses bras la maman de Tina bébé, Colette Stein avec deux enfants à identifier par des témoins. Photo collection privée – famille Stein

Source: La Depeche

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