Antisionisme made in USA. Par Nidra Poller

 

L’antisionisme est un rapport toxique à l’Etat juif, englobant à des degrés différents des formes anciennes d’antijudaïsme— païen, chrétien, raciste, islamique—et décliné dans une gamme de positions allant d’une critique abusive de l’Etat d’Israël jusqu’à la haine génocidaire. L’antisionisme, par son intimité factice avec l’Etat juif honni, ressemble plus à des rapports familiaux pathologiques qu’aux prétextes géopolitiques qui lui servent de paravent.

Dans l’Amérique de Donald J. Trump, réputé le plus pro-israélien des présidents, se répand un antisionisme vertueux qui, on le verra, se trouve à l’aise avec des mouvements noyautés par les Frères Musulmans. D’un bout à l’autre de l’échelle politique, des élites universitaires aux brutes néo-nazies, l’Etat juif est contesté.  Les Juifs aussi, dont la majorité vote à gauche, s’éloignent d’un Etat d’Israël qui, à leurs yeux, trahit l’idéal.

Sans minimiser la montée d’un antisémitisme traditionnel chez une partie de l’électorat du président Trump, sans ignorer le rejet d’un sionisme associé à ce président brut de décoffrage qui brise les conventions en promettant monts et merveilles, on doit reconnaître la force d’un antisionisme d’origine islamique qui se développe lentement depuis des décennies. La camaraderie typiquement américaine avec l’Etat d’Israël n’est pas à l’abri d’éventuels bouleversements d’ordre national ou international. Si la politique du président-voltigeur trébuche, entraînant un conflit majeur d’ordre militaire ou commercial, les Juifs américains pourraient trinquer pour la complicité affichée aujourd’hui entre Trump et Netanyahu. Complicité elle-même fragile : une volte-face n’est pas à exclure, au cas où un refus israélien de concessions gênerait la stratégie globale de paix au Moyen-Orient, du président américain.

En attendant, l’antisionisme creuse son chemin dans les universités, le parti Democrat, les médias, les milieux intellectuels, dans les mouvements de justice sociale mais aussi du côté des suprématistes blancs. La jeunesse juive progressiste s’éloigne d’un Etat d’Israël accusé de colonisation, d’extrémisme religieux, politique et militaire, et surtout et toujours de la persécution des Palestiniens —l’Occupation. Se croyant animés par une vraie éthique juive, les vertueux jettent en pâture le gouvernement de Benjamin Netanyahu, lui préférant une gauche israélienne qui n’existe plus. Les instances communautaires, les mouvements religieux Reform et Conservative emboîtent le pas, se perdant dans des démarches œcuméniques naïves, accueillant des activistes de plus en plus hostiles à Israël : J Street, New Israel Fund, Students for Justice in Palestine, Jewish Voice for Peace, BDS, la Marche des Femmes, Black Lives Matter, IfNotNow

L’engouement des milennials est un véritable tropisme : le soleil d’un Islam imaginaire attire la verte jeunesse alors que la hargne contre Israël lui pourrit les racines. En parcourant les centaines de déclarations, pétitions, articles, blogs, interventions, manifestes et témoignages, on est frappé par l’uniformité des discours et des démarches. Aussi arrogants qu’ignorants, ils tambourinent des propos dérivés, brandissant leur identité juive comme bouclier contre toute remise en question de leur probité. Qu’un mouvement soit concrètement piloté par les Frères Musulmans ou simplement acquis à ses thèses, le rapprochement sera fait par « l’intersectionality »,  une sorte de méga convergence de luttes qui relie, par exemple, des soi-disant sionistes du genre IfNotNow au BDS. Selon l’idéologie sectaire d’intersectionality, les Juifs, certainement pas une minorité menacée, sont classés avec les Blancs favorisés [white privilege].

Depuis des années il règne sur nombreux campus universitaires, et pas les moindres, un climat hostile au sionisme et par ricochet aux étudiants juifs qui ne partagent pas cette animosité. Intimidation, menaces, agressions physiques sont tolérées dans de petites facultés locales comme dans les prestigieuses universités de l’Ivy League. Des professeurs tiennent des propos enflammés en classe et sur les réseaux sociaux, malmènent des étudiants qui ne respectent pas l’idéologie qu’ils imposent.

L’avenir est hypothéqué par le fait que les élites juives et non-juives baignent dans une ambiance de désapprobation d’un Etat juif « coupable » de se défendre contre un ennemi dont la haine génocidaire n’est pas prise en compte. Parallèlement, des éléments criminels d’un sous-prolétariat noir sont embrigadés pour devenir le bras armé d’un antisémitisme d’inspiration jihadiste. En témoignent les récentes agressions contre des Juifs à Brooklyn.

La situation va de mal en pis, malgré les efforts soutenus des sionistes ou des simples défenseurs de la liberté d’expression. Le documentaire Columbia Unbecoming, un des premiers à avoir abordé la thématique, remonte à 2004. On pourrait, aujourd’hui, tourner des dizaines de films dans le genre, sans épuiser le sujet.

Quinze ans plus tard, Charles Jacobs, co-fondateur du David Project et producteur de Columbia Unbecoming, fait le triste constat que le leadership de la communauté juive américaine, incapable d’identifier et de confronter le nouvel antisémitisme, se bat contre des moulins à vent. La nouvelle génération accuse l’Occident de tous les maux et se donne bonne conscience en embrassant une idéologie anti-israélienne et pro-palestinienne. L’entrisme des mouvements islamistes sur les campus, l’influence des universitaires gauchistes et le développement de l’intersectionality mène à la marginalisation des étudiants juifs qui ne renient pas leur sionisme. Cette lame de fond touche également les écoles secondaires. Alors que les adolescents sont manipulés par des manuels scolaires qui reprennent le narratif palestinien, les jeunes adultes, formés dans l’ambiance antisioniste universitaire entrent, avec leur bagage idéologique, en politique.

Israel Parade à New York

Des mesures de sécurité exceptionnelles cette année pour le défilé traditionnel qui attire des dizaines de milliers de sionistes : garde-fous à chaque carrefour, plus de 1 000 policiers, chiens renifleurs, snipers sur les toits, camions d’éboueurs remplis de sable pour empêcher des attaques à la voiture bélier… Des mesures motivées, selon le Chef d’escadron Rodney Harrison, par la menace terroriste en Israël, au Moyen-Orient, en Europe et dans le monde.

L’islamisation de l’esprit

Ce n’est pas par hasard que l’assaut contre la liberté occidentale commence au niveau universitaire et se répand dans les milieux intellectuels, les médias, le système scolaire, la gauche progressiste. Il faut désarmer l’esprit avant de prendre le pouvoir. Ce qui frappe c’est l’absence du débat aux Etats-Unis aujourd’hui. Des jeunes et moins jeunes qui se croient parés de toutes les vertus ânonnent des propos prémâchés. On ne cherche pas à contrer le raisonnement de l’autre, on l’exclut. C’est du tribalisme. La liberté d’expression garantie par le premier amendement de la Constitution est menacée par un esprit totalitaire. Au-delà du politiquement correct, le refus de soumettre aux préceptes dictés est puni comme apostasie. Un tel climat n’est jamais bon pour les Juifs.

SOURCE : Le Yessod

Nidra Poller

Nidra Poller

Nidra Poller, née aux Etats-Unis, vit depuis 1972 à Paris. Romancière, traductrice et, depuis 2000, journaliste elle publie en anglais et en français des articles et des ouvrages. A paraître décembre 2017, L’Aube obscure du 21 e siècle, authorship intl.

Une pensée sur “Antisionisme made in USA. Par Nidra Poller

  • 2 novembre 2018 à 2:04
    Permalink

    Merci à ces crapules d’Obama et Clinton
    ROSA

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *