Analystes israéliens : Une nouvelle génération d’Al-Qaïda émerge en Syrie

Ariel Koch, chercheur au Bureau d’analyse des réseaux Internet du Centre Moshe Dayan pour les études du Moyen-Orient et d’Afrique (MDC) de l’Université de Tel-Aviv, examine l’émergence de deux nouveaux groupes d’Al-Qaïda en Syrie, soulignant le désir de certains djihadistes de poursuivre l’héritage du jihad mondial d’Oussama Ben Laden,  dans un article publié dans le dernier numéro de la revue Jihadiscope.

Fin décembre 2017, deux nouveaux groupes djihadistes pro-al-Qaïda ont émergé en Syrie: Jaysh al-Badiya (L’Armée du Désert) et al-Malahem (Les Batailles épiques). Ces deux groupes faisaient auparavant partie du Jabhat al-Nosra, ancienne branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie qui a finalement rompu ses liens avec son organisation mère pour gagner une légitimité au sein de la communauté internationale.

Suite à cette rupture, menée unilatéralement par le dirigeant de Jabhat al-Nusra, Abu Muhammad al-Julani, le Jabhat al-Nosra a été rebaptisé une première fois en juillet 2016, devenant alors  Jabhat Fatah al-Sham, puis en janvier 2017, Hayat Tahrir al-Sham, nom actuel de l’organisation. La rupture entre al-Qaïda et son ancienne branche syrienne, a été mal accueillie par ses éléments encore fidèles à al-Qaïda et proches de la direction centrale de l’organisation, basée en Afghanistan.

La vieille garde d’Al-Qaïda

L’hostilité entre al-Qaïda et la direction du Hayat Tahrir al-Sham  s’est intensifiée au cours des derniers mois, comme en témoigne l’arrestation de hauts responsables d’Al-Qaïda en Syrie, comme Sami al-Uraydi. L’émergence des deux nouveaux groupes pro-al-Qaïda montre que la tension entre l’organisation et son ancienne branche a atteint un point d’ébullition. Il est possible que cette escalade ne s’arrête pas là : comme on l’a vu par le passé, les attaques verbales sur les réseaux sociaux peuvent se transformer en une hostilité plus agressive (arrestations de proches d’Al-Qaïda) et sont susceptibles de conduire à des affrontements physiques entre les différentes factions djihadistes en Syrie.

L’émergence de Jaysh al-Badiya et al-Malahem, tous deux brandissant fièrement l’étendard de « Qa’idat al-Jihad fi Bilad al-Sham » (Al-Qaïda au Levant / Syrie), est un acte de défiance contre Hayat Tahrir al-Sham  et son actuel leadership, ainsi qu’un signe d’insatisfaction face à la décision de l’organisation de couper ses liens avec Al-Qaïda. Néanmoins, l’existence de rebelles pro-al-Qaïda souligne également le désir de certains djihadistes de poursuivre l’héritage du jihad mondial d’Oussama Ben Laden, position avec laquelle Abu Muhammad al-Julani avait tenté de prendre ses distances.

L’émergence de ces groupes suggère également l’influence continue des djihadistes de la vieille garde d’Al-Qaïda, proches du commandement central de l’organisation en Afghanistan, qui sont passé en Syrie.

Ayman al-Zawahiri exerce encore une influence considérable sur de nombreux djihadistes

Jaysh al-Badiya et al-Malahem ont tous deux leurs canaux de propagande sur Telegram depuis décembre dernier. La chaîne de Jaysh al-Badiya compte plus de 3 400 abonnés et celle d’al-Malahem plus de 2 400. Bien qu’il n’y ait pas de données quantitatives ni qualitatives concernant ces deux groupes, on sait qu’ils opèrent ensemble dans la région sud d’Idlib et dans la ville de Homs, où ils participent aux combats contre les loyalistes du régime d’Assad tout en coopérant avec d’autres groupes islamistes rebelles.

La présence continue d’Al-Qaïda en Syrie indique qu’en dépit de nombreux défis auxquels elle doit faire face, l’organisation d’Ayman al-Zawahiri exerce encore une influence considérable sur de nombreux djihadistes. En outre, le déclin de l’État islamique constitue une occasion en or pour al-Qaïda de rétablir un groupe qui sera identifié avec lui en Syrie. Ainsi, Al-Qaïda tente-t-il de se positionner comme un acteur permanent et engagé dans l’arène syrienne et une alternative pour les djihadistes qui ont combattu dans les rangs d’autres organisations, comme les anciens membres de l’État islamique.

SOURCE : Site de l’Association française de l’Université de Tel-Aviv

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