Sefy Hendler, décontenancé, décide de tenter plusieurs tests et formule de nouvelles demandes de réservation. L’une au nom d’un institut de l’art à Florence, l’autre pour le compte d’un Collège de l’histoire de l’art à Abu Dhabi. Deux institutions qui n’existent pas, mais qui reçoivent des réponses promptes et positives.

« J’étais choqué par cette flagrante discrimination, explique Sefy Hendler. Je voulais annuler ces visites. » Mais sa réflexion et son besoin de rétablir une certaine justice le poussent à alerter François Heilbronn, président des Amis français de l’Université de Tel-Aviv. Ce professeur à Sciences-Po réunit les différentes pièces du dossier, puis il adresse quatre missives, une au directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, une au Centre des monuments nationaux (qui gère la Sainte-Chapelle), une à Philippe Bélaval, et une à Fleur Pellerin, ministre de la Culture.

Le Louvre dit être « troublé ». Une enquête, dont les résultats arrivent trois jours plus tard, affirme : « Nous sommes victimes de notre succès. Nous recevons en moyenne 400 demandes de réservation par jour et proposons des créneaux de visite, mais la demande est deux fois supérieure à l’offre. » La deuxième demande de Tel-Aviv est acceptée, après un délai de trente-cinq heures, contre quinze minutes pour les deux institutions fictives.

Du côté de la Sainte-Chapelle, Philippe Bélaval, président des Monuments nationaux, explique qu’une enquête a fait apparaître des « dysfonctionnements répétés » et débouchera sur des mesures disciplinaires: « Mais il n’est pas établi qu’il y ait eu discrimination. La responsable du service de réservation n’a jamais manifesté d’hostilité à l’égard Israël. C’est seulement une gestion administrative qui manque de rigueur. »

Heilbronn conclut : « Si le parquet est saisi, ça ne sera plus de simples enquêtes internes, mais une enquête conduite par les services de police. » Elle découvrira une attitude discriminatoire, venant d’une institution culturelle à vocation universelle. C’est un délit qui tombe sous le coup de la loi. » C’est pour cette raison que le préfet Carenco a alerté la justice.

Sefy Hendler, ayant la certitude qu’il a engrangé une victoire, défend le « respect de l’accès à la culture pour tous. Mes étudiants sont l’archétype de la société israélienne. Quand ils traverseront les couloirs du Louvre et de la Sainte-Chapelle à la découverte d’un patrimoine universel, espérons qu’ils auront oublié l’incident. » Un incident antisémite qui en dit long sur la santé de la société française.